DARKNET, MODE D’EMPLOI OU LE DEAL SANS TRACE

Ce n’est plus un secret, il est possible de se procurer des drogues sur internet. C’est un marché comme les autres entre ses boutiques en lignes, ses sites de petites annonces et ses forums d’usagers. Mais est-ce aussi facile que les médias le présente ? Quels changements en terme de risques pour les consommateurs ?
Le Darknet (ou Darkweb) est un réseau « pair à pair » ou « ami à ami », un réseau privé virtuel dont les utilisateurs sont considérés comme des personnes de confiance. On y accède de manière anonyme et le réseau n’est pas centralisé. Le Darknet est la partie la plus cachée du Deep Web, qui regroupe l’ensemble des sites et des informations qui sont sur le web mais qui ne sont pas référencés par les moteurs de recherche classiques. Les adresses sont en général en «.onion » (pas en .com ou .fr). Du fait de l’anonymat, on trouve sur le Darknet une multitude de sites qui seraient illégaux ailleurs dont des boutiques de vente de drogues. C’est ce qui nous intéresse et voici les étapes pour y accéder.
LES 3 SÉSAMES DE L’ACHAT SUR LE DARKNET
VOUS ALLEZ AIMÉ AVOIR TOR
Téléchargeable en quelques minutes sur torproject.org, Tor est un logiciel légal dit « libre » (ouvert et gratuit). Chaque personne ayant des connaissances en informatique peut participer au projet et l’améliorer. À l’origine, Tor a été créé par des ingénieurs de l’US Navy qui voulaient trouver un moyen d’envoyer des données aux espions qui étaient dans les pays ennemis. Tor permet aussi bien de surfer sur des sites comme lemonde.fr ou leboncoin.fr de manière totalement anonyme, que d’accéder au Darknet qui attire de nombreuses activités illégales.

Deuxièmement : recourir à une monnaie virtuelle comme les bitcoins, qui sont totalement indépendants de toute autorité financière. On peut les obtenir de différentes manières : ils peuvent être « minés » par des personnes ayant d’excellentes connaissances en informatique qui vont mettre à disposition des machines pour calculer en permanence l’ensemble des portefeuilles et l’indice de la monnaie ; ou vendus sur des plateformes d’échange spécialisées, qui proposent l’achat et la revente à des taux qui varient constamment. Un bitcoin vaut aujourd’hui [Ndlr : le 13 avril 2015] 222 €. Sur ces plateformes, on achète des bitcoins, soit à des entreprises qui « minent » pour ensuite les revendre, soit à des plateformes locales, où chacun peut proposer et vendre ses bitcoins. On vous demandera votre identité, votre adresse et généralement de payer par virement pour éviter les arnaques et les CB volées. Il existe aussi des vrais comptoirs, comme « La Maison du bitcoin » à Paris, où vous pouvez en obtenir avec une simple pièce d’identité.
OÙ TROUVER DE LA DROGUE ?
On a donc téléchargé Tor, acheté et mis des bitcoins à l’abri dans un wallet, reste ensuite à savoir où acheter de la drogue. On trouve sur le web classique des forums d’actualités du Darknet, comme deepdotweb.com, qui fournissent des adresses de sites (en .onion), des critiques des différentes places du marché vendant des produits stupéfiants, un système de notation en étoiles, et des commentaires pour avoir une idée sur quel site aller. Ou encore l’annuaire thehiddenwiki.org qui essaie de recenser les sites du Darknet. Une fois l’adresse choisie, on la copie dans Tor pour accéder aux offres.
L’autre méthode, c’est d’utiliser Grams, un moteur de recherche qui ressemble fort à Google et qui fonctionne comme un comparateur de prix. Après avoir saisi dans Tor l’adresse (facile à trouver) en .onion de Grams, il suffit de taper vos mots-clés pour que Grams affiche la liste des offres en cours sur différentes places de marché du Darknet.
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| On tape cocaine dans Grams… | …et le moteur vous en propose des kilos ! |
Attention ! Comme pour les shops de RC (Lire Les pièges de l’achat de drogues en ligne), c’est un marché qui évolue très vite et les sites de confiance peuvent rapidement devenir des escroqueries : le site a très bien fonctionné pendant des années, respecté ses vendeurs et ses acheteurs, et du jour au lendemain, commence à faire disparaître des bitcoins ou des comptes utilisateurs (comme le site Evolution, dont les propriétaires sont partis avec la caisse).
AGORA, UN EBAY DE LA DROGUE
Un exemple avec un site ayant une bonne réputation, Agora, similaire à feu Silk Road. Comme sur eBay, vendeurs et acheteurs vont pouvoir se rencontrer et s’évaluer. Le site vous demandera de vous enregistrer : un nom d’utilisateur, un mot de passe et un code pin (un mot de passe pour pouvoir utiliser son portefeuille de bitcoins en ligne sur ce site). Comme le montre l’illustration ci-dessus, on y trouve à la fois des offres de produits stupéfiants et des forums avec toute une partie consacrée aux conseils de réduction des risques sanitaires, d’achat, les produits de coupe à utiliser (pour les vendeurs), comment reconnaître les produits, etc. On trouve également des médicaments, des stimulants, des contrefaçons et des produits stupéfiants.
Comme, par exemple, cette offre de méphédrone (illustration ci-dessous), qui est interdite en Europe depuis 2010 : on voit pourtant qu’elle peut être livrée de Grande-Bretagne, des informations sur l’endroit où se situe le vendeur qui permettent de calculer le nombre de frontières que le produit aura à franchir avant d’arriver et de limiter le risque douanier. Mieux vaut si possible s’adresser à un vendeur hexagonal. On trouve aussi les dernières notes et commentaires à propos du vendeur.
« D’après l’étude de Fernando Caudevilla, à partir des données de Silk Road sur les NPS, la plupart des transactions en grosses quantités vont plutôt concerner les RC et aller d’Asie vers l’Europe et les États-Unis, alors que les petites quantités (moins de 200 $) vont plutôt être des street drugs traditionnelles allant d’Europe vers l’Europe ou des États-Unis vers l’Europe. »
(Jamel Lazic, Techno+)
LA RDR SUR LE DARKNET
La plupart des places de marché sur le Darknet disposent de forums. Les discussions des utilisateurs sur les arnaques et les conseils sanitaires y sont monnaie courante. Certains participants se sont fait une spécialité d’aider les autres, ces groupes d’entraide sont parfois encouragés par les administrateurs du site, comme ce fut le cas sur Silk Road, plus célèbre site de vente de drogues en ligne fermé (2 fois) par le FBI.
Outre les LSD Avengers (Lire Lysergamides 2015 : un nouveau summer of love ?), Fernando Villa d’Energy Control, une association espagnole qui fait aussi de l’analyse de produits, a mené pendant deux ans une action de réduction des risques (RdR) sur le forum de Silk Road en invitant les usagers à poser des questions au Dr X, qui a du coup répondu à plusieurs milliers de posts. Il a même reçu des dons en bitcoins pour ses services !
Lors de son procès, Ross Ulbricht a déclaré pour sa défense que « l’une des principales priorités de Silk Road était de réduire les risques et de promouvoir l’éducation sanitaire aux drogues ». De quoi rêver à une collaboration saine entre dealers et associations de RdR. Malheureusement pour lui, cette ligne de
défonce défense ne l’a pas empêché d’écoper d’une sentence exemplaire : double perpétuité et 184 000 000 $ d’amende.
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| Au delà de l'abus de médicaments dans leur usage normal, c'est à dire pour vaincre un problème psychique qu'ils sont censés soigner, les médicaments psychoactif sont parfois détournés pour un usage festif ou un usage toxicomaniaque pour lequel ils ne sont naturellement pas conçus. Les médicaments psychotropes susceptibles d’être détournés de leur usage sont nombreux. Des noms commerciaux sont fréquemment cités tels le Tranxène® (clorazépate dipotassique), le Stilnox® (zolpidem), l’Imovane® (zopiclone), le Rivotril® (clonazépam), l’Artane® (trihexyphénidyle), le Rohypnol® (flunitrazépam), le Valium® (diazépam). Il s’agit le plus souvent de produits de la famille des benzodiazépines. Nous citerons également les médicaments contenant un opiacé, la codéine : Dicodin®, Codenfan®, Codoliprane® ou Néo-Codion®, et ceux contenant un dérivé d'amphétamine, le méthylphénidate : Ritaline® et Concerta®. Quatre médicaments pour lesquels des informations pertinentes ont pû être recueillies seront traités ici, trois benzodiazépines : le Rohypnol®, le Valium® et le Rivotril® et l’Artane®, un antiparkinsonien. Nous parlerons également de la codéine et du méthylphénidate. Le Rohypnol® (un hypnotique) est un médicament consommé hors cadre médical par des usagers de drogues en grande difficulté sociale, très marginalisés (squatters, prostitués, SDF, errants). Le Rohypnol® est recherché d’une part pour ses effets désinhibiteurs et d’invincibilité et d’autre part comme produit associé à la consommation des opiacés (buprénorphine, héroïne) et/ou de l’alcool. La prise répétée de Rohypnol®, généralement en association avec de l’alcool, prodigue une levée des inhibitions, un sentiment de confiance en soi permettant à l’usager de commettre des actes délictueux (vols à la tire, mendicité). Plus rarement, le Rohypnol® est utilisé pour gérer des descentes de cocaïne et de crack. Le mode d’administration principal observé pour le Rohypnol® est la consommation par voie orale, 94 % des utilisateurs y ont recours. Les conséquences de l’abus de ce médicament sont les pertes de mémoire voire l’amnésie, les crises d’épilepsie et les troubles de l’élocution. Si le Rohypnol® apparaît comme un produit très disponible, les mesures, plus restrictives, de sa prescription et de sa délivrance – entrées en vigueur en février 2001 – ont modifié la disponibilité de ce psychotrope. Globalement, il a été constaté une baisse des chiffres de vente en pharmacie de 75 % entre 2000 et 2001 et de 35 % entre 2001 et 2002. Mais en 2003, on constate une présence persistante de ce médicament sur le marché parallèle, 30% des usagers récents de Rohypnol® ne l’obtiennent que par le marché noir.Le Rohypnol® arrive en première position des médicaments faisant l’objet d’une falsification d’ordonnance. Le Valium® (un anxiolytique) est consommé pour des raisons similaires au Rohypnol®. Il est utilisé par certains pour “booster” les effets des opiacés. Son usage permet également d’atténuer certains problèmes psychologiques comme les angoisses. Utilisé en grande quantité, le Valium® a un effet de “défonce”. Il n’est pratiquement jamais utilisé seul et est souvent associé à l’alcool, éventuellement aux opiacés, pour en potentialiser les effets. Le Valium® est principalement consommé par voie orale, mais il est parfois injecté, particulièrement dans les milieux très marginaux, bien qu’il provoque des sensations de brûlures extrêmes qui se révèlent parfois sous la forme de cloques sous la peau. Si le Rohypnol® apparaît comme un produit très disponible..., il n’en va pas de même pour le Valium®, dont la disponibilité est beaucoup plus variable. Au marché noir, il se négocie entre 1 € et 2 € le comprimé. Compte tenu du développement récent et du caractère restreint du mésusage de Rivotril®, les données disponibles restent fragmentaires. Il apparaît que la population qui en fait un usage hors protocole médical est proche de celle qui consommait du Rohypnol®. Les effets recherchés sont :
Depuis 2001, il semble qu’un usage hors protocole médical du Rivotril® se développe notamment du fait de la moindre disponibilité du Rohypnol®. En 2003, ce développement semble se confirmer, même si la disponibilité du Rivotril® sur le marché parallèle est très diverse selon les sites. Sur le marché parallèle, le Rivotril® est négocié au comprimé ou par plaquette de 10, une boîte contenant 40 comprimés. À Paris, le prix de la plaquette se situerait dans une fourchette comprise entre 1 € et 3 €. La consommation d’Artane®, est le fait d’une population extrêmement marginalisée sur le plan social, et souffrant de troubles psychiatriques. Les effets recherchés sont l’euphorie, les délires hallucinatoires et la désinhibition. L’Artane® est souvent associé à de l’alcool, qui en potentialise les effets.
Les effets entraînés par de fortes doses sont : gesticulations soudaines et incontrôlées, agressivité, remontées imprévisibles, parfois plusieurs jours après la consommation. L’Artane® est obtenu soit directement auprès des personnes auxquelles ce médicament a été prescrit, soit auprès de petits trafiquants, comme pour les autres médicaments. En 2003, la disponibilité de l’Artane® sur le marché parallèle serait restreinte et en forte baisse. La codéine est un dérivé semi synthétique de la morphine utilisé comme analgésique, soit seul (Dicodin®, Codenfan®) soit combiné à d’autres molécules (Codoliprane®) ou comme antitussif (Néo-Codion®). Elle est présentée sous forme de sirop ou de comprimés. La possibilité de vente de certaines de ces spécialités sans ordonnance et son prix modéré permettent un accès aisé à cette molécule utilisée par certains comme substitution à l’héroïne. Lorsque la codéine est consommée, il semble que ce soit par défaut à des fins de dépannage en l’absence d’autres substances opiacées illégales. Dérivé amphétaminique psychostimulant le méthylphénidate est utilisé comme médicament, commercialisé sous les noms de Ritaline® ou Concerta®, pour le traitement des narcolepsies ou de l'hyperactivité chez l'enfant. Le méthylphénidate présente de nombreux effets secondaires et est classé comme stupéfiant, à forte dose il peut conduire à la dépendance. Très prescrit aux Etats-Unis et dans certains pays d'Europe, il fait l'objet de nombreuses controverses, notamment dans son utilisation comme "normalisateur comportemental" des enfants. En France, sa prescription est sécurisée, la prescription initiale devant être faite par un spécialiste en psychiatrie, neurologie ou pédiatrie en milieu hospitalier et renouvelée tous les ans, les prescriptions intermédiaires sont mensuelles et peuvent être faites par un médecin libéral. Dans les pays de forte consommation, il est parfois détourné et utilisé en drogue récréative, comme la cocaïne, par les écoliers et les adolescents qui le gobent, le sniffent après l'avoir réduit en poudre ou se l'injectent. Les étudiants l'utilisent également pour rester éveiller et travailler. Le méthylphénidate, comme la cocaïne ou les amphétamines, augmente la production de dopamine et de noradrénaline, stimulant le centre du plaisir. Les effets lors d'un usage non contrôlé sont similaires à ceux de la cocaïne ou des amphétamines. Absorbé à forte dose il peut engendrer des hallucinations, de la paranoïa, de l'hypertension et une accéleration du rythme cardiaque ainsi que des convulsions. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Tout médicament, avant sa commercialisation, doit obtenir une autorisation de mise sur le marché. Celle-ci est accordée par l'Agence de sécurité sanitaire des produits de santé après une évaluation du dossier présenté par l'industriel, comprenant notamment les résultats des essais toxicologiques, pharmacologiques et cliniques. Plusieurs années s'écoulent entre la découverte de la molécule qui entrera dans la composition du médicament et la mise sur le marché de celui-ci. Les médicaments psychoactifs sont délivrés uniquement sur ordonnance médicale. Depuis 1991, la prescription des tranquillisants et les somnifères est limitée dans le temps, pour que le médecin évalue régulièrement l'intérêt du traitement. Les durées de prescription (qui incluent le temps de sevrage dégressif) ne doivent pas excéder quatre semaines pour les somnifères et douze semaines pour les tranquillisants. Une nouvelle prescription ne peut être établie qu'après un bilan de la situation clinique du patient par le médecin qui reste l'interlocuteur privilégié et obligatoire. La publicité des médicaments en général, et des médicaments psychoactifs en particulier, est particulièrement réglementée. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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